ANSM, EMA, comités d’éthique : qui fait quoi dans l’approbation d’un essai clinique ?
L’approbation d’un essai clinique en Europe fait intervenir plusieurs acteurs dont les rôles sont parfois difficiles à distinguer. EMA, autorités nationales compétentes et comités d’éthique participent tous à l’environnement réglementaire des essais cliniques, mais ils n’interviennent ni au même niveau ni sur les mêmes aspects.
Depuis l’application du règlement (UE) n°536/2014 et la mise en place de CTIS (Clinical Trials Information System), la procédure est davantage harmonisée au niveau européen. Pour autant, l’autorisation d’un essai reste une décision prise par chaque État membre concerné.
En France, l’ANSM et les Comités de protection des personnes (CPP) interviennent dans l’évaluation, tandis que l’EMA assure notamment le fonctionnement de CTIS. Alors, concrètement, qui fait quoi ?
Approbation d’un essai clinique : un cadre européen, des décisions nationales
Le règlement européen (UE) n°536/2014 pose un principe fondamental : un essai clinique doit faire l’objet d’une évaluation scientifique et éthique avant de pouvoir être conduit.
Il doit notamment garantir que les droits, la sécurité, la dignité et le bien-être des participants sont protégés et que l’étude est conçue pour produire des données fiables et robustes.
Depuis le 31 janvier 2023, les nouvelles demandes d’autorisation d’essais cliniques de médicaments dans l’Union européenne et l’Espace économique européen sont déposées via CTIS, qui constitue le point d’entrée unique pour les promoteurs. Mais centralisation de la demande ne signifie pas centralisation de la décision : chaque État membre concerné reste responsable de sa décision pour son territoire.
Quel est le rôle de l’EMA ?
C’est probablement le point qui prête le plus à confusion dans l’approbation d’un essai clinique. L’Agence européenne des médicaments (EMA) joue un rôle majeur dans le système européen du médicament, mais elle n’autorise pas elle-même les essais cliniques conduits dans les États membres.
Dans le cadre du règlement sur les essais cliniques, l’EMA est notamment responsable de la maintenance du CTIS. Cette plateforme permet aux promoteurs de déposer leurs demandes, d’échanger avec les autorités pendant l’évaluation, de gérer plusieurs étapes réglementaires de l’essai et de contribuer à la transparence des informations publiées.
Le CTIS est donc l’infrastructure européenne commune. Il ne se substitue pas aux autorités nationales compétentes ni aux comités d’éthique.
Pourquoi le dossier est-il divisé en Partie I et Partie II ?
Pour comprendre le rôle des différents acteurs dans l’approbation d’un essai clinique, il faut revenir à la structure de l’évaluation prévue par le règlement européen. La demande comporte deux grandes parties.
Partie I : les éléments scientifiques communs
Dans l’approbation d’un essai clinique, la Partie I porte sur les aspects de l’essai qui peuvent faire l’objet d’une évaluation coordonnée entre les États membres concernés. Elle comprend notamment le protocole, les données relatives au médicament expérimental et des éléments permettant d’apprécier la justification scientifique ainsi que le rapport bénéfice/risque.
Lorsqu’un essai implique plusieurs pays, un État membre rapporteur — Reporting Member State (RMS) — coordonne cette évaluation. Les autres États membres concernés participent au processus et peuvent formuler leurs observations.
Partie II : les aspects nationaux et éthiques
Dans l’approbation d’un essai clinique, la Partie II est évaluée séparément dans chaque État membre concerné. Elle couvre notamment les modalités de recrutement, l’information et le consentement des participants, leur éventuelle indemnisation, l’aptitude des investigateurs, l’adéquation des sites et certains aspects liés à la protection des données.
Cette organisation permet une évaluation européenne coordonnée des éléments communs tout en maintenant l’examen des dimensions éthiques et nationales propres à chaque pays.
En France, quel est le rôle de l’ANSM ?
En France, l’ANSM est l’autorité compétente pour les essais cliniques portant sur les médicaments. Dans l’approbation d’un essai clinique, elle intervient dans l’évaluation scientifique et réglementaire du dossier et dans l’organisation française de l’évaluation de la Partie I.
Son analyse porte notamment sur les éléments permettant d’apprécier la sécurité des participants et la robustesse scientifique de l’essai : protocole, données disponibles sur le médicament expérimental, rapport bénéfice/risque et conditions d’utilisation du produit.
Dans un essai multinational, la France peut être État membre rapporteur et coordonner l’évaluation de la Partie I, ou participer à cette évaluation en tant qu’État membre concerné. Le rôle de l’ANSM ne s’arrête pas à l’autorisation initiale : elle intervient également dans la surveillance des essais et dans l’évaluation de certains éléments de sécurité ou modifications pendant leur déroulement.
Quel est le rôle des CPP en France ?
Les « comités d’éthique » prennent des formes et des appellations différentes selon les pays européens. En France, cette mission est assurée par les Comités de protection des personnes (CPP).
Pour l’approbation d’un essai clinique de médicament relevant du règlement européen, les CPP interviennent particulièrement dans l’évaluation des aspects éthiques et de la Partie II. Ils examinent notamment les conditions dans lesquelles les personnes seront informées et recrutées, le consentement, les modalités de participation ainsi que l’adéquation des personnes et des lieux impliqués dans la recherche.
La frontière entre « scientifique » et « éthique » n’est cependant pas totalement étanche. L’organisation française prévoit une coordination entre l’ANSM et les CPP afin que les dimensions éthiques pertinentes puissent également être prises en compte dans l’évaluation de la Partie I. Le système ne se résume donc pas à « Partie I = ANSM » et « Partie II = CPP ».
Un seul dossier CTIS, mais une décision dans chaque pays
Prenons l’exemple de l’approbation d’un essai clinique prévu en France, en Espagne et en Allemagne. Le promoteur dépose une demande via CTIS. Un État membre rapporteur coordonne l’évaluation de la Partie I commune. En parallèle, chacun des trois pays évalue les éléments de Partie II qui le concernent.
À l’issue du processus, chaque État membre rend sa propre décision pour son territoire. Un même essai multinational peut donc être autorisé dans certains États membres et ne pas l’être dans un autre si les conditions prévues par le règlement ne sont pas satisfaites dans ce pays.
Une procédure européenne plus coordonnée, sans supprimer les responsabilités nationales
Le règlement (UE) n°536/2014 a profondément transformé l’approbation d’un essai clinique en Europe. Le système peut être résumé ainsi :
CTIS centralise → les États membres évaluent → autorités compétentes et comités d’éthique collaborent → chaque État membre décide.
L’EMA fournit et maintient l’environnement européen commun via CTIS. L’État membre rapporteur coordonne l’évaluation commune de la Partie I. En France, l’ANSM exerce les missions relevant de l’autorité compétente et les CPP participent à l’évaluation éthique selon l’organisation nationale.
Cette répartition des responsabilités poursuit un double objectif : harmoniser et simplifier les essais multinationaux en Europe tout en maintenant une évaluation scientifique rigoureuse et une protection adaptée des participants dans chacun des pays concernés.





