Littératie en santé : vous connaissez ?

Image de Maurice Bagot D'arc

Maurice Bagot D'arc

Ancien Directeur Médical international d’un grand groupe américain, Médecin, Chirurgien, diplômé en cancérologie et en marketing pharmaceutique, cumulant plus de 30 ans en tant d’expérience en Affaires Médicales au service des industries de santé et 15 ans de pratique chirurgicale.

La littératie en santé — health literacy — est souvent évoquée, rarement maîtrisée, et encore moins intégrée de façon opérationnelle dans les évaluations cliniques ou l’usage des dispositifs médicaux (DM).
Pourtant, le rapport de l’OMS “Health Literacy: The Solid Facts” est extrêmement clair : la littératie n’est pas un concept théorique mais un déterminant majeur de santé, capable d’influencer la compréhension, les comportements, la prévention, la sécurité et l’autonomie des individus.

Voici quelques éléments de ce rapport publié par l’OMS.

Comment l’OMS définit la littératie en santé

La littératie en santé est présentée comme la capacité à accéder, comprendre, évaluer et utiliser les informations liées à la santé. Il s’agit d’un ensemble complexe de compétences sociales, intellectuelles et pratiques, qui s’appliquent autant aux soins qu’à la prévention et à la promotion de la santé.
(Page 6 du rapport OMS ⁠)

Le rapport détaille 12 compétences fondamentales réparties en trois domaines :

  • accéder à l’information,
  • comprendre et interpréter l’information,
  • prendre des décisions informées.

Une faible littératie en santé a des conséquences directes sur la santé

La section “What is known” du rapport OMS démontre que la littératie limitée affecte la santé de manière profonde. Elle est associée à :

  • une moindre participation aux activités de prévention,
  • des comportements plus risqués,
  • des difficultés dans la gestion des maladies chroniques,
  • une mauvaise observance du traitement,
  • plus d’hospitalisations,
  • plus de complications,
  • une mortalité plus élevée.

L’OMS ajoute que la littératie en santé est parfois un meilleur prédicteur de l’état de santé que le revenu, le niveau d’éducation ou l’emploi.

Un enjeu majeur d’équité : la littératie suit un gradient social

Le rapport montre que la littératie limitée touche davantage :

  • les personnes âgées,
  • les personnes peu diplômées,
  • les migrants,
  • les populations précaires.

Ces groupes cumulent souvent une moindre capacité à comprendre les informations médicales et une exposition plus forte aux risques de santé.

Par ailleurs, les personnes ayant une littératie élevée évaluent leur santé de manière plus positive.

La littératie varie selon le contexte et la vulnérabilité individuelle

L’OMS rappelle un point essentiel : la littératie en santé n’est jamais complète.

Même les personnes très éduquées peuvent rencontrer des difficultés selon :

  • la complexité du système de soins,
  • leur état émotionnel,
  • leur niveau de stress,
  • la maladie en cours.

Autrement dit, personne n’est “pleinement littéré” dans toutes les situations.

La littératie limitée a un impact financier massif

L’OMS documente que la faible littératie entraîne des coûts de santé supplémentaires très élevés, notamment au Canada et aux États-Unis.

Ces surcoûts sont liés à :

  • des hospitalisations évitables,
  • des erreurs de traitement,
  • des consultations multiples,
  • une mauvaise compréhension des instructions.

Ce que l’OMS recommande réellement : des actions organisationnelles

Le rapport ne donne pas de recommandations pour un secteur spécifiquement, mais il propose des orientations générales utiles à tous les acteurs de santé :

  • développer des environnements de santé “health literacy–friendly”,
  • simplifier la communication,
  • utiliser des supports visuels,
  • tester la compréhension des documents,
  • réduire la complexité administrative et cognitive.

Plusieurs exemples montrent comment une meilleure littératie améliore :

  • l’adhésion médicamenteuse,
  • la gestion des maladies chroniques.

Un impact qui se retrouve dans les essais cliniques

Les essais cliniques impliquent souvent des documents longs, techniques, avec des concepts complexes : consentement, protocole, procédures, auto-évaluations, modalités de retrait, suivi longitudinal.

Si la littératie en santé est faible, voici les risques :

  • mauvaise compréhension du consentement,
  • erreurs dans les auto-mesures,
  • données manquantes,
  • sous-déclaration d’événements,
  • stress inutile,
  • abandon prématuré de l’étude.

Pour les dispositifs médicaux — surtout lorsqu’ils sont utilisés par le patient — la littératie devient un facteur clé pour :

  • comprendre une notice,
  • suivre une procédure,
  • réagir face à un signal d’alerte,
  • installer un dispositif,
  • utiliser une application connectée,
  • interpréter des résultats numériques.

Or, même un DM simple nécessite un niveau minimal de compréhension, qui n’est pas le même selon les profils.

Nécessité de cibler les patients précisément et d’adapter l’accompagnement

Dans les essais concernant les DM, choisir “tout patient éligible” n’est pas toujours pertinent.
Certains patients peuvent être cliniquement éligibles mais opérationnellement incapables de :

  • gérer un outil,
  • suivre une procédure complexe,
  • comprendre les étapes du protocole.

Ce n’est pas une limite du patient : c’est une limite de conception.

Ainsi, intégrer la littératie en santé dans les essais permet de :

  • mieux cibler les participants,
  • adapter les supports et explications,
  • réduire les erreurs d’utilisation,
  • améliorer la validité clinique,
  • renforcer la sécurité,
  • augmenter la robustesse de la donnée.

Pour les fabricants de DM, cela signifie qu’un dispositif doit être conçu et testé en tenant compte des niveaux de littératie réels des futurs utilisateurs — pas seulement des utilisateurs “idéaux”.

Conclusion

La littératie en santé, telle que décrite par l’OMS, n’est pas un concept abstrait.
C’est un déterminant mesurable, puissant, qui influence directement :

  • la compréhension,
  • la sécurité,
  • l’adhésion,
  • la qualité des données.

Pour la clinique et les DM, c’est même un enjeu essentiel : sans une compréhension adaptée, ni les documents, ni les dispositifs, ni les protocoles ne produisent les résultats attendus. Le défi des essais et des DM n’est plus seulement technologique ou réglementaire : il est aussi cognitif, pédagogique et humain.

Liens utiles :

Autres publications à consulter

Participez au webinaire

Présentation de BluePharm Academy : Les modules de formation de BluePharm