Dans la recherche clinique sur les dispositifs médicaux, démontrer l’efficacité réelle d’une technologie peut s’avérer complexe. Contrairement aux médicaments, il est souvent difficile d’isoler l’effet spécifique du dispositif de facteurs comme l’effet placebo, le geste technique ou l’interaction avec le patient. C’est dans ce contexte que les sham devices prennent une importance croissante dans les investigations cliniques.
Les sham devices, ou dispositifs médicaux simulés, permettent de renforcer le niveau de preuve en reproduisant l’expérience d’un dispositif actif sans délivrer son effet thérapeutique. Cette approche méthodologique, inspirée du placebo dans les essais médicamenteux, suscite aujourd’hui un intérêt croissant mais aussi de nombreuses questions éthiques et réglementaires.
Comme le souligne une analyse publiée dans DeviceMed, l’utilisation des sham devices dans les investigations cliniques vise précisément à isoler l’effet propre du dispositif médical tout en contrôlant les biais liés au contexte de l’intervention.
Sham devices dans les investigations cliniques : comprendre le principe des dispositifs simulés
Les sham devices dans les investigations cliniques désignent des dispositifs simulés ou factices conçus pour reproduire l’expérience d’utilisation d’un dispositif actif sans en délivrer l’effet thérapeutique.
Concrètement, un sham peut prendre plusieurs formes :
- Sham matériel : dispositif identique mais inactif
- Procédure sham : reproduction du geste ou de l’intervention sans étape thérapeutique clé
- Sham sous-seuil : dispositif activé à une intensité insuffisante pour produire un effet clinique
- Sham numérique : interface ou logiciel simulé sans action réelle sur l’algorithme
L’objectif est de reproduire au plus près la perception du patient ou du praticien afin d’éviter les biais d’évaluation. Cette approche est particulièrement pertinente lorsque le critère principal d’efficacité repose sur des résultats rapportés par les patients, comme la douleur ou la qualité de vie.
Dans les essais médicamenteux, le placebo est un standard méthodologique depuis longtemps. Mais dans le domaine des dispositifs médicaux, la mise en place d’un comparateur simulé est souvent plus complexe sur le plan technique et logistique.
Pourquoi les sham devices renforcent la robustesse scientifique des études
L’un des principaux intérêts des sham devices dans les investigations cliniques est de réduire plusieurs biais méthodologiques majeurs.
Dans le cas de nombreux dispositifs médicaux, notamment ceux impliquant un geste technique ou une intervention, les attentes du patient et de l’investigateur peuvent influencer les résultats observés. Les procédures simulées permettent alors de distinguer l’effet propre du dispositif de l’effet placebo lié à l’intervention elle-même.
Les études contrôlées avec sham devices permettent ainsi :
- d’isoler l’effet thérapeutique spécifique du dispositif
- de limiter l’influence de l’effet placebo
- d’améliorer la validité scientifique des résultats
- Souligne que même en chirurgie les essais contrôlés par sham permettent de démontrer l’efficacité des procédures chirurgicales.
https://www.bmj.com/content/348/bmj.g3253
De même, une étude publiée dans la littérature scientifique souligne que les procédures simulées peuvent être utilisées pour distinguer l’effet réel d’une intervention de l’effet placebo associé à l’acte, lui-même, notamment dans les interventions procédurales ou chirurgicales.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17878472/
Dans le contexte actuel de renforcement des exigences cliniques pour les dispositifs médicaux, notamment avec le règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR 2017/745), la robustesse méthodologique des investigations cliniques demeure un élément clé pour démontrer le bénéfice clinique d’un dispositif.
Les enjeux éthiques liés à l’utilisation des sham devices
Malgré leur intérêt scientifique, les sham devices dans les investigations cliniques soulèvent des questions éthiques importantes.
En effet, les participants assignés au groupe sham peuvent être exposés à une procédure sans bénéfice thérapeutique direct. Cette situation nécessite une justification méthodologique solide et une évaluation rigoureuse du rapport bénéfice-risque.
Selon les principes de la recherche clinique, l’utilisation d’un dispositif simulé doit répondre à plusieurs conditions :
- la question scientifique ne peut être résolue autrement
- la procédure simulée présente un risque minimal
- l’information et le consentement des participants sont complets
- l’exposition au sham est limitée au strict nécessaire
Ces exigences s’inscrivent dans le cadre général de la réglementation européenne encadrant les investigations cliniques et visant à protéger les participants tout en garantissant la fiabilité des données scientifiques.
Quand envisager l’utilisation de sham devices dans une investigation clinique ?
Dans la pratique, les sham devices dans les investigations cliniques sont envisagés dans plusieurs situations spécifiques :
- lorsque le critère principal est subjectif (douleur, qualité de vie)
- lorsque la procédure elle-même peut induire un effet placebo important
- lorsque l’insu patient ou investigateur est difficile à maintenir
- lorsqu’aucun comparateur de référence n’existe
Dans ces cas, l’utilisation d’un sham peut contribuer à produire des preuves cliniques plus robustes, susceptibles de soutenir l’évaluation réglementaire et l’accès au marché du dispositif médical.
À mesure que les exigences de démonstration clinique se renforcent, les sham devices pourraient jouer un rôle croissant dans la méthodologie des investigations cliniques, notamment pour les dispositifs innovants ou les technologies numériques en santé.





