Règlement européen 536/2014 : les basiques à comprendre

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Maurice Bagot D'arc

Ancien Directeur Médical international d’un grand groupe américain, Médecin, Chirurgien, diplômé en cancérologie et en marketing pharmaceutique, cumulant plus de 30 ans en tant d’expérience en Affaires Médicales au service des industries de santé et 15 ans de pratique chirurgicale.

Depuis son entrée en application le 31 janvier 2022, le Règlement européen 536/2014 a radicalement transformé le paysage de la recherche clinique en Europe. Son ambition est claire : renforcer l’attractivité de l’Union européenne pour les essais cliniques tout en assurant une protection maximale des participants.

Focus sur les modalités d’autorisation définies dans ce réglement.

Règlement européen 536/2014 : un cadre harmonisé pour toute l’Union européenne

Le règlement européen 536/2014 a remplacé la directive 2001/20/CE et s’est imposé comme le cadre unique pour tous les essais cliniques de médicaments à usage humain menés dans les 27 États membres de l’Union européenne, ainsi qu’en Norvège, Islande et au Liechtenstein. Il ne concerne cependant pas les études non interventionnelles.

Ce texte vise à simplifier les démarches administratives, harmoniser les procédures entre États et accélérer les délais d’autorisation, tout en garantissant la rigueur scientifique et l’éthique de la recherche.

Le CTIS : portail central de la transparence clinique

Au cœur de ce dispositif figure le CTIS, ou Clinical Trial Information System, un portail numérique centralisé par lequel tous les promoteurs, qu’ils soient industriels ou académiques, doivent soumettre leurs dossiers. Ce guichet unique permet une transparence accrue, un accès public aux données des essais et une surveillance renforcée tout au long du cycle de vie des projets.

Une procédure en deux volets : partie I et partie II

Pour être autorisé, un essai clinique doit désormais passer par deux décisions :

  • L’une relative à la partie I du dossier, commune à tous les États membres participants
  • L’autre relative à la partie II, spécifique à chaque pays

La partie I comprend les éléments scientifiques du protocole et les informations sur les médicaments expérimentaux. La partie II, quant à elle, aborde les aspects pratiques et éthiques comme le recrutement, l’information des participants, l’assurance du promoteur ou encore la conformité au RGPD.

En France : un processus coordonné par l’ANSM et les CPP

En France, l’évaluation de la partie I est coordonnée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), tandis que la décision sur la partie II revient aux Comités de Protection des Personnes (CPP). L’autorisation nationale est dite « unique » car elle intègre l’avis de ces deux instances, qui doivent toutes deux rendre une décision favorable pour permettre le lancement de l’étude.

Un calendrier strict : 60 jours pour statuer

L’une des innovations majeures du règlement réside dans l’instauration de délais stricts. Le dossier doit être évalué dans un délai maximum de 60 jours. Passé ce délai sans retour officiel, l’essai est considéré comme tacitement autorisé. Cette règle encourage une réponse rapide des autorités compétentes tout en renforçant la sécurité juridique des promoteurs.

Deux catégories d’essais cliniques

Le règlement distingue deux types d’essais :

  • Les essais à fort niveau d’intervention
  • Les essais à faible niveau d’intervention

Ces derniers concernent les médicaments déjà autorisés et utilisés dans des conditions validées, avec des risques et contraintes minimaux pour les participants. Cette différenciation permet d’adapter les exigences réglementaires à la nature et au risque de l’étude.

Une éthique renforcée au cœur du dispositif

Un autre apport essentiel du règlement européen

536/2014 concerne l’éthique. L’évaluation d’un essai repose non seulement sur sa validité scientifique, mais aussi sur la protection des participants. Cela comprend :

  • Un examen éthique obligatoire
  • Un consentement éclairé rigoureux
  • Une attention particulière aux groupes vulnérables (mineurs, femmes enceintes, patients en urgence)

Un suivi rigoureux et des données partagées

Le règlement permet une surveillance renforcée des essais grâce à :

  • Des inspections menées par les États membres
  • Une coopération pour l’analyse des données de sécurité
  • L’accès public aux résultats via le CTIS, même pour les essais arrêtés ou non concluants

Références :

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