RWE et HAS : pourquoi certaines données convainquent la HAS… et d’autres non ?

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Maurice Bagot D'arc

Ancien Directeur Médical international d’un grand groupe américain, Médecin, Chirurgien, diplômé en cancérologie et en marketing pharmaceutique, cumulant plus de 30 ans en tant d’expérience en Affaires Médicales au service des industries de santé et 15 ans de pratique chirurgicale.

RWE et HAS sont aujourd’hui au cœur des discussions sur l’évaluation des produits de santé. Les données en vie réelle, également appelées Real-World Evidence (RWE), occupent une place croissante dans les décisions réglementaires et médico-économiques.

Registres de patients, données hospitalières, suivi post-commercialisation ou encore études observationnelles viennent désormais compléter les essais cliniques traditionnels.

Mais une idée reçue persiste parfois : accumuler des données en vie réelle suffirait à convaincre les autorités de santé.

Dans les faits, la réalité est beaucoup plus nuancée.
La Haute Autorité de Santé accepte de plus en plus les données RWE, mais uniquement lorsque leur qualité méthodologique permet de répondre à une question précise d’évaluation.

Aujourd’hui, le véritable enjeu des RWE et HAS ne réside plus seulement dans l’accès aux données, mais dans leur robustesse scientifique.

RWE et HAS : une place croissante des données en vie réelle

La HAS reconnaît désormais l’intérêt des études en vie réelle tout au long du cycle de vie des produits de santé.

Ces données peuvent notamment contribuer à :

  • documenter l’efficacité en pratique courante
  • mieux caractériser certaines populations
  • suivre la sécurité à long terme
  • ou compléter les données issues des essais cliniques.

Source HAS :
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3333630/fr/etudes-en-vie-reelle-recensement-des-sources-de-donnees-mobilisables-pour-repondre-aux-demandes-de-la-has

Dans le domaine des dispositifs médicaux, cette tendance est particulièrement visible.

La place des données en vie réelle dans l’évaluation des dispositifs médicaux est régulièrement soulignée par la CNEDiMTS. Le rapport d’activité de la commission de 2022 indiquait déjà que plus de la moitié des dossiers évalués comportaient des données issues de la vie réelle, illustrant l’importance croissante des RWE dans les évaluations de la HAS. Le rapport de 2024 ne cite pas ce sujet.

Source :
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2023-06/rapport_dactivite_2022_de_la_cnedimts.pdf

Toutes les données RWE ne répondent pas aux attentes de la HAS

Dans plusieurs évaluations récentes, les autorités de santé ont souligné certaines limites fréquentes des données en vie réelle utilisées dans les dossiers de médicaments ou de dispositifs médicaux.

Les difficultés les plus souvent évoquées concernent notamment :

  • l’absence de comparateurs robustes
  • des effectifs limités
  • des données incomplètes
  • ou encore des biais méthodologiques difficiles à corriger.

Les données issues de la pratique courante peuvent apporter des informations utiles, mais elles ne permettent pas toujours de réduire suffisamment les incertitudes cliniques ou méthodologiques identifiées lors de l’évaluation.

Cette évolution montre que les enjeux liés aux RWE et HAS ne concernent plus uniquement la quantité de données disponibles, mais surtout leur qualité méthodologique et leur capacité à réduire les incertitudes cliniques.

RWE et HAS : des exigences méthodologiques de plus en plus fortes

La HAS ne rejette pas les données en vie réelle.
Au contraire, leur utilisation progresse clairement.

Mais les exigences augmentent également concernant :

  • la qualité des registres
  • la traçabilité des données
  • la pertinence méthodologique
  • et la transparence des analyses.

Les données RWE ne remplacent donc pas automatiquement les essais cliniques.
Elles viennent plutôt compléter certaines incertitudes lorsqu’elles sont suffisamment robustes.

Dispositifs médicaux : un terrain particulièrement favorable aux RWE

Le secteur des dispositifs médicaux utilise de plus en plus les données en vie réelle.

Contrairement au médicament, les études randomisées peuvent parfois être plus difficiles à mettre en œuvre en raison :

  • de l’évolution rapide des technologies
  • de l’apprentissage opérateur
  • des petites populations
  • ou encore des innovations incrémentales.

Les données RWE jouent alors un rôle important dans :

  • le suivi post-commercialisation
  • l’évaluation en conditions réelles
  • ou les études complémentaires demandées par les autorités.

Mais là encore, la qualité des données reste déterminante.

Conclusion : RWE et HAS, un enjeu désormais stratégique

Les données en vie réelle occupent désormais une place importante dans l’évaluation des médicaments et dispositifs médicaux.

Mais l’analyse des dossiers montre une tendance claire : la HAS ne valide pas les RWE “par principe”.

Ce qui fait aujourd’hui la différence, c’est :

  • la qualité méthodologique
  • la capacité à réduire les incertitudes
  • la robustesse des analyses
  • et la pertinence clinique des données produites.

Dans un contexte où les données en vie réelle prennent une importance croissante, la question n’est donc plus uniquement de collecter des données… mais de produire des données réellement exploitables pour la décision réglementaire et médico-économique.

Les enjeux liés aux RWE et HAS deviennent ainsi stratégiques pour les industriels souhaitant intégrer les données en vie réelle dans leurs dossiers d’évaluation et leurs stratégies d’accès au marché.

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